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Khénifra : Conférence du 16 septembre 2006

Posté par timijja le 16 septembre 2006

 

Conférence du 16 septembre 2006

 

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Khénifra – Cité Rouge dans une Terre Rouge

 

Opération «Cartables pour les enfants de Khénifra»

 

Hubert Mertens – Khénifra le 16 septembre 2006

 

Monsieur le Gouverneur de la Province de Khénifra,
Messieurs les Officiels de la Province de Khénifra,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Mes Chers Amis,

Aziz m’a demandé, dans le cadre de cette journée cartables, de vous présenter un travail sur Khénifra, ce que j’ai accepté avec grand plaisir.

Mon objectif est de présenter, sans ambition et avec simplicité, à ceux qui ne la connaissent pas, ou si peu, la ville de Khénifra et sa Province.

Je vous demande beaucoup d’indulgence pour ce travail, perfectible et certainement très incomplet.

Khénifra, cette ville du Moyen Atlas, sur les rives du fleuve l’Oum-Er-Bia est appelée « la Ville Rouge », de la couleur Carmin de la terre qui sert pour ses constructions.

C’est ainsi qu’est présentée Khénifra dans la plupart des guides touristiques.

Citée rouge dans une terre rouge, telle apparaît Khénifra

Je suis toujours surpris et émerveillé, à chaque fois que je reviens ici de redécouvrir, encore et encore, cette terre rouge, et sa verdure qui l’entoure. Rouge et Vert, couleurs du drapeau national Marocain, tout un symbole.

Khénifra est une ville enclavée du Moyen Atlas, ancienne capitale des Zayanes, tribu Berbère, située entre 4 grandes montagnes, Bamoussa à l’Ouest, Akilal à l’Est, Bouhayati au Nord et Jbal Lahdid (Montagne de fer en Berbère) au Sud.

La Province de Khénifra est considérée comme la Perle des Montagnes Marocaines et la Capitale des Lacs.

Elle s’intègre à la fois dans le Haut Atlas et le plateau central, d’où son relief accidenté où alternent la montagne et les plateaux, dont l’altitude varie de 800 à 2 800 mètres. Les sommets les plus élevés le jbel Ayachi (3 757 m) et Moâsker (3 277 m).

Elle est aussi considérée comme le Château d’Eau du Maroc. Les plus importants fleuves du pays y prennent naissance : Oum Er Bia, Oued Moulouya, Oued Grou, Oued Ksiksou et Oued Boukhmira. Le débit de l’Oum Er Bia avoisine celui
de la Seine avec 114 m3/s. On y trouve de nombreuses cascades ainsi que plusieurs lacs : Aguelmane Aziza, Sidi Ali, Tiglmamine, Ouiouane.

La forêt de Cèdres d’Ajdir, (à 30kms de Khénifra), est considérée parmi les plus grandes forêts cédrières du monde. Certains Cèdres sont âgés de plus de 2 millénaires. Le Cèdre de l’Atlas, d’une hauteur de 50m, plus érigé et élancé que le cèdre du Liban, est l’essence forestière noble du Maroc.

3 Cèdres ainsi que 3 couleurs le Vert, le Jaune et le  Rouge, sont les symboles présents sur les armoiries de la Province de Khénifra.

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Le climat continental de cette région, y est très froid en hiver et très chaud en été. Pour ma part j’y ai connu des hivers glacials et enneigés et des étés brûlants (52° à l’ombre).

Cette Province fait partie de la Région Meknes-Tafilalet, à 160 kms de Fès et à 300 kms de Marrakech

Quelques chiffres sur la Province de Khénifra :

  • Population : 523 000 habitants (Urbaine : 273 000 habitants – Rurale : 250 000 habitants)
  • Superficie : 12 320 kms2
  • Altitude : 860 m

Khénifra, ce n’est pas que de la terre rouge, de l’herbe verte, des fleuves, des lacs, des montagnes, des forêts, de la neige et du soleil.

C’est aussi, une Histoire riche et complexe, des Hommes, et des Traditions.

Berbère

Le berbère est à l’origine une langue du groupe afro-asiatique coté eurasien, représentée aujourd’hui par ses variantes parlées par les Berbères. Ces variantes sont présentes depuis les îles Canaries jusqu’à l’Égypte, en passant par l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, le Niger et le Mali. On dénombre une trentaine de variétés. Le berbère possède son propre système d’écriture que les Touaregs ont conservé : le tifinagh.

Certains dialectes berbères empruntent plusieurs termes à l’arabe, au français et également à l’espagnol. Entre autres des noms modernes et des expressions courantes. Les dialectes arabes empruntent également certains de leurs termes au berbère.

Cette langue est aujourd’hui parlée par plus de 20 millions de berbère.

Le Maroc est le premier pays berbérophone.

Le chleuh est parlé par les Chleuhs dans le Haut Atlas et dans l’Anti-Atlas au sud, et la plaine du Souss. C’est la langue berbère est la plus parlée, entre 8 à 10 millions de locuteurs.

Le zayane est parlé dans le Haut et le Moyen Atlas de Khénifra à Taza, ainsi qu’au centre du royaume du maroc.

Le rifain est parlé par les habitants de la région du Rif au nord du Maroc (Nador, Al-Hoceima, Tanger, Tetouan, Taza, Oujda…).

Le ghomara, est parlé les Ghomaras situés dans le Rif occidental jusqu’à la côte atlantique, Asila et Ksar Elkebir.

La Culture Zayane

Les Zayanes ou Zayanis sont une tribu berbère de la région de Khénifra, qui vivaient dans les montagnes. Leur espace vital va de la grande cédraie d’Ajdir jusqu’à Boujaad frontière des tribus arabophones. Les Zayanes, nomades, se déplaçaient deux fois par an : en hiver vers la plaine, où les conditions climatiques sont clémentes, et en été vers le Jbel.

Les tribus Zayanes sont connues par leur ténacité guerrière surtout lors de la colonisation sous la conduite de Mouha ou Hammou Zayani qui avait mis les français en difficulté lors de la conquête de Khénifra.

La société Zayane est organisée selon le principe patriarcal, où le père joue un rôle primordial au sein de la famile, sans négliger le rôle de la femme qui bénéficie de certains avantages avant et pendant la colonisation : la femme (Itto) de Mouha ou Hammou Zayani, qui avait joué un rôle au côté de son mari lors de la bataille d’Elhri le 13 novembre 1914, mérite d’être mentionneé.

Les premiers berbères Zayanes ne pratiquaient pas la construction, de par leur caractère pastoral, cela ne représentait aucun intérêt. Ils sont en perpétuel déplacement à la recherche de l’eau et des pâturages, et ce malgré la richesse du Moyen Atlas en eau. Les sécheresses étaient à l’origine des guerres intertribales, parfois au sein d’une même tribu.
Les berbères Zayanes habitaient dans des tentes tissées en fibres de poils de chèvres : elles sont hermétiques et supportent les hivers les plus rigoureux.

L’introduction du système capitaliste lors de la colonisation ayant changé leur mode de vie, une grande partie de la population a tendance à se sédentariser, la construction en dur se substitue aux fameuses tentes.

Tradition Equestre

Le cheval chez les berbères Zayanes représente un symbole rituel, qui s’enracine dans leur tradition guerrière. Cette tradition virtuose est personnifiée dans la Fantasia, rendue célèbre par les fameux tableaux d’Eugène Delacroix.

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Fantasia Marocaine – 1832

Carnets du Maroc

Eugène Delacroix

La Fantasia est l’expression artistique qui rappelle le glorieux passé guerrier, qui stimule l’inconscient par l’odeur du Baroud et de la poussière embaumant l’esprit du spectateur et le fait entrer en transe.

La Fantasia réunit trois symboles berbères, fondements de leur culture :

  • le cheval, symbole de l’indépendance et de la force;
  • le fusil qui, par son feu, maintient la liberté;
  • la femme, sans qui la tribu s’éteindrait.

La Fantasia est une tradition ancestrale qui reproduit les glorieux assauts de la tactique militaire berbères. A une vive retraite succède une attaque fulgurante.

Les cavaliers répondent à des critères spécifiques :

  • Le dressage des chevaux,
  • La monture du cheval,
  • La maîtrise du déroulement de la parade dans un enchaînement cohérent,
  • Le respect du tir simultané.

Ces prouesses exigent la possession d’une technique équestre rigoureuse,du courage et de l’habilité.

Artisanat

La femme berbère en général est un artisan qui vénère la laine depuis la toison jusqu’au stade final de la fabrication Elle est douée et fait appel à ses facultés sensorielles, esthétiques et artistiques.

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Femme Berbère – Tapis Zayane

Lac Aguelmame Aziza – 1980

Hubert Mertens

Le tapis berbère est l’expression de la créativité de la femme. Il s’agit là d’une symbolique à décrypter qui a fait l’objet de nombreuses recherches. On peut citer Paul Vandenbroeck qui a écrit un ouvrage remarquable sur le tapis « l’art des femmes berbères ». Le tapis berbère prend une dimension expressive pour chaque tribu.

Histoire de Khénifra

Références :

  • Maurice Le Glay : Récits Marocains de la Plaine et des Monts
  • Saïd Guennoun : La Montagne Berbère – La voix des Monts

L’histoire de Khénifra est liée à deux monuments classés historiques par le Ministère de la Culture Marocain en tant que patrimoine national

  • La Casbah de Mouha ou Hammou Zayani, bâtie par le sultan Almoravide Ibu Tachfin sur le bord d’Oum Errabiaa, restaurée par le sultan Alaouite Moulay Ismaïl en 1688
  • Le Pont sur l’Oum Errabiaa dit « Portugais », probablement construits à la même époque que la Casbah de Khénifra. Historiquement, la présence portuguaise n’a jamais été mentionnée dans des manuscrits de l’époque. Ce pont est toujours érigé malgré les nombreuses crues qu’il a du subir. Une légende s’est forgée autour du vieux pont : on dit qu’il est « construit avec des œufs ».

La Casbah de Mouha ou Hammou Zayani et le Vieux Pont Portugais marquent la conscience des Khnifris où le présent et le passé s’entremêlent dans la conscience collective de ses générations.

En 1877, avant l’arrivée des soldats du Sultan Moulay Hassan I, Khénifra n’était rien d’autre qu’un point de transition de transhumance entre la plaine et le Jbel. C’est à partir de là que Khénifra prendra sa dimension de ville.

En juin 1914 : La ville de Khénifra, a été prise par les légionnaires, (composés de Sénégalais, d’Algériens et de Goumis Marocains), sous le commandement de Richard d’Ivry qui avait acquis une réputation légendaire au cours de la campagne du Maroc.

Le 13 novembre 1914 : Trois mois après cet événement, une contre attaque aura lieu à Elhri (village situé à 20 kms de Khénifra). Cette Bataille, engagée imprudemment par le Colonel Duverdier, à l’assaut du campement du rebelle Mouha ou Hammou Zayani, s’est soldée par la victoire des Zayanes et d’autres tribus berbères voisines pour la première fois unifiées. Cette victoire symbolise la gloire des tribus et le grand prestige que s’est forgé Mouha ou Hammou Zayani où la colonne du Colonel Duverdier fut quasiment anéantie. La riposte coloniale ne tarda pas à se manifester par le déploiement de sa panoplie militaire. Le Zayanes isolés se réfugièrent dans les montagnes.

Le 2 juin 1920, le Pacha Hassan se soumet au Général Poeymirau, très proche collaborateur du Maréchal Lyautey.

Le 20 août 1955 : l’anniversaire de la déposition du roi Mohammed Ben Youssef provoque une insurrection à Khénifra, Oued Zem, Immouzer, Maroucha, Ait 1lahem et Casablanca. Événement marqué par une répression massive sur ordre du Général Gilbert Grandval. Cette journée fut sanglante pour la population de Khénifra, ainsi que pour les tribus Zayanes qui avaient encerclé la ville. Le Général Gilbert Grandval est tué dans les montagnes de Khénifra le 22 août 1955 lors de l’explosion de son avion.

Je me rappelle parfaitement de ces événements d’août 1955 pour les avoir vécus de l’intérieur.

1956 : Retour de sa Majesté Mohammed V de son exil à Madagascar.

Souvenirs Souvenirs

Khénifra pour moi, c’est une multitude de souvenirs et d’images, de couleurs, de bruits et d’odeurs.

J’y suis né en mai 1949, d’une mère française née à Tours et d’un père belge né à Bruxelles.

A cette époque, en 1949, Ma mère était cuisinière à l’hôtel de France et mon père légionnaire.

Aujourd’hui le 16 septembre 2006, Je me rappelle :

  • La terre rouge sang de Khénifra et son herbe verte
  • Mes amis d’enfance marocains avec lesquels je m’amusais
  • Fatima qui s’est occupé de moi, alors que ma mère travaillait. Son couscous fait avec amour grain de semoule par grain de semoule. Elle est toujours à Khénifra, j’ai passé un moment avec elle aujourd’hui
  • Les chasses au sanglier
  • l’Oum er Bia dans lequel je me baignais avec grand plaisir
  • Son pont Portugais qui a résisté à toutes les crues
  • Ses lavandières sur ses rives
  • La place Zayane devant l’école ou j’allais et venais tous les jours à pied, quelque soit le temps
  • La compagnie de transport CTM (Compagnie des Transports Marocain). Mon père y était comptable après avoir quitté la légion étrangère
  • Le quartier « Far Ouest » ou j’habitais
  • Les eucalyptus et leur suprême odeur
  • Les figues de barbaries que je mangeais au bord des routes avec gourmandise
  • Les tapis Zayanes, avec une épaisse laine, qui avait les couleurs de la place. On pouvait ainsi savoir à quelle époque de l’année ils avaient été fabriqué
  • Les familles amis. Certaines sont encore présentes à Khénifra
  • Des chaleurs torrides en été, 52° à l’ombre, il n’y avait pas un chat dehors. Nous dormions à même le sol sur un carrelage trempé d’eau
  • Des hivers très froids et de la neige, Moyen Atlas oblige
  • Le lac Aguelmane Aziz ou nous allions nous baigner et nous rafraîchir
  • Le Père Peyriguère d’El Kbab, disciple du Père de Foucault, qui venait manger à la maison, qui à fait beaucoup pour nos frères Marocains
  • Le Père Jean Hunot, et l’église qu’il a construite, sur les hauteurs de Khénifra, chez qui j’ai vu mes premiers films, les 3 petits cochons, en noir et blanc dans les années 50. Cette église a brûlé, accidentellement, le 26 septembre 1980.

Certains d’entre vous ont pu visiter aujourd’hui, le site de cette église brûlée, qui sera celui de la future « Maison de la Culture » de l’Association Taimate. Cette « Maison de la Culture » sera construite autour des murs restant de l’église. Elle respectera la mémoire de Khénifra et sera aussi un trait d’union entre le passé et le futur.

Je me rappelle aussi :

  • Les fantasias, avec les chevaux magnifiques de Khénifra
  • Le retour de sa Majesté Mohamed V, de son exil à Madagascar, et son passage à Khénifra en 1956 sur son majestueux cheval blanc
  • Une invasion de criquets sur une hauteur de plusieurs mètres qui à tout détruit sur son passage
  • Les excursions de plusieurs jours que nous faisions sur les plateaux environnants
  • Etc….. La liste des souvenirs est sans fin

Cette simple et très heureuse enfance passée à Khénifra est pour moi inoubliable.

Mes racines sont définitivement ici à Khénifra.

Je suis vraiment très heureux et ému aujourd’hui de revenir à Khénifra et de participer à cette Opération Cartables pour nos enfants.

Je remercie du plus profond de mon cœur «l’Association TAÏMATE», Fraternité en Berbère :

  • Saïda, initiatrice de cette très belle et noble aventure, constamment sur le terrain,
  • Fadila, qui s’occupe des aspects administratifs, véritable moteur pour faire avancer ce projet,
  • Nezha, qui par sa présence, sa connaissance et ses actions est la véritable caution de ce projet
  • Tous les bénévoles.

Ils concourent tous avec force, conviction et détermination à la construction et à la réussite de ce projet.

La plus grande récompense, pour nous tous, a été de voir aujourd’hui, tous ces enfants heureux, plein de vie, qui ne demandent qu’a apprendre,

repartir avec leur cartable,

une étoile brillant au plus profond de leurs yeux.

Ils sont notre Avenir, cela est notre Responsabilité.

Enfin je remercie Aziz, qui a aussi sa part dans cette Association TAÏMATE

Aziz, par ses différentes actions, en dehors de cette association, œuvre à l’épanouissement de cette belle ville de Khénifra et de sa Province, dont il est tombé amoureux.

Merci Aziz

 

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